Ted Lasso et le plafond de verre : quand la fiction souligne la sous-représentation des coachs féminines
Selon le récit du New York Times, le deuxième épisode de la nouvelle saison de Ted Lasso installe cette fois l'entraîneur américain face à un vestiaire dont le banc n'est pas vacant: à Richmond…
Juliette Garnier·mis à jour 13 août 2026

Selon le récit du New York Times, le deuxième épisode de la nouvelle saison de Ted Lasso installe cette fois l'entraîneur américain face à un vestiaire dont le banc n'est pas vacant: à Richmond, Rebecca Welton lui propose de prendre en main la toute nouvelle équipe féminine du club, mais le poste est déjà occupé. Alice Chilton, ancienne joueuse contrainte de raccrocher les crampons après des blessures au genou, a construit sa place pas à pas. Ted entre, et c'est elle qui doit s'effacer. La fiction effleure, sans le vouloir, l'un des angles morts les mieux documentés du football féminin.
Là où Ted Lasso s'arrête au gag, la réalité continue
La blague a toujours fait la marque de la série: un coach qui ne connaît rien au football qu'il entraîne, et qui gagne quand même. Sauf que cette fois, le ressort comique croise, sans le vouloir, l'un des angles morts les mieux documentés du football féminin. Selon le rapport « Setting the Pace » de la FIFA cité par le quotidien américain, seules 22 % des entraîneurs principaux sont des femmes sur 669 clubs répartis dans 86 ligues féminines à travers le monde. À la Coupe du monde féminine 2023, le compte tombait à 12 femmes pour 32 sélectionneurs. En Angleterre, la Women's Super League aligne quatre coachs pour douze clubs.
Du côté américain, une avancée qui se mesure au compte-fils
Toujours selon le New York Times, la NWSL a démarré sa saison 2026 avec quatre entraîneures principales sur seize: Laura Harvey à Seattle Reign, Bev Yanez à Racing Louisville, Emma Coats à Bay FC et Filipa Patao à Boston Legacy. L'an passé, elles n'étaient que deux. Interrogée par le podcast Full Time de The Athletic, Harvey, triple coach de l'année en NWSL, résume ainsi le malaise persistant: « Le risque a été renvoyé vers les employeurs. J'ai une conviction très forte: il existe une perception que si vous embauchez une entraîneure, le risque retombe sur l'employeur et sur la personne qui a fait ce choix. » Le système, rappelle le New York Times, a longtemps fonctionné comme un vaste programme de stages réservé aux anciens joueurs: académies, mentorats, postes d'adjoints qui mènent, à terme, aux bancs des équipes premières. Pour les femmes, cette filière a rarement existé.
Ce qui se joue aussi au pied de nos terrains
Car ce plafond de verre ne s'arrête pas aux projecteurs de la Premier League ou de la NWSL. Dans nos championnats régionaux, combien de joueuses formées au club, passées par le diplôme, finissent par encadrer les U13 ou l'équipe réserve — sans que jamais la porte du banc « première » ne s'entrouvre? L'intrigue de Ted Lasso a le mérite de nommer ce qui, dans le football amateur, se murmure à l'entraînement: quand un poste se libère, le réflexe reste trop souvent masculin, par habitude plus que par méfiance. Alice Chilton, dans la série, a construit sa place malgré un genou qui ne suivait plus. Dans nos clubs, combien d'Alice — ces joueuses passées par le diplôme et les catégories de jeunes — attendent simplement qu'on leur confie le banc de l'équipe première?