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Ayodele Thomas dénonce l'opacité financière au sein du football féminin nigérian

Et pourtant l'entretien accordé par Ayodele Thomas au New Telegraph — ancienne membre du conseil de la Nigeria Women Football League — pose une question que chaque club finit par rencontrer: où va…

Juliette Garnier·mis à jour 08 septembre 2026

Ayodele Thomas dénonce l'opacité financière au sein du football féminin nigérian

Sur les bancs de touche du football amateur, on parle rarement de gouvernance fédérale. Et pourtant l'entretien accordé par Ayodele Thomas au New Telegraph — ancienne membre du conseil de la Nigeria Women Football League — pose une question que chaque club finit par rencontrer: où va l'argent promis aux joueuses? Le récit, publié le 5 septembre, mérite qu'on s'y arrête, non pour alimenter une indignation à distance, mais pour ce qu'il dit d'un système qui oublie ses fondations.

Un témoignage qui vient du vestiaire

Dans cet échange, Ayodele Thomas ne mâche pas ses mots: la situation des Super Falcons, dix fois championnes d'Afrique et pourtant éliminées sans qualification pour la Coupe du monde, n'est pas un accident récent. « Ce que nous vivons aujourd'hui n'a pas commencé aujourd'hui », rappelle-t-elle, observant que les Super Eagles eux-mêmes enchaînent deux absences consécutives au Mondial — huit années sans qualification. Ce qu'elle décrit, c'est un long glissement dont l'échec féminin n'est que le symptôme le plus visible.

Le détail qui frappe concerne la condition matérielle des joueuses. Thomas raconte avoir croisé plusieurs internationales au Maroc lors de la dernière WAFCON: « Tout ce qu'elles avaient reçu comme paiement à ce moment-là, c'était 3 000 dollars. » D'autres joueuses, recontactées peu avant la compétition, n'avaient, selon ses mots, toujours rien perçu. Une enveloppe de 100 000 dollars annoncée par le président nigérian l'an dernier resterait, d'après elle, sans traçabilité claire. Pour y voir clair, l'ancienne dirigeante réclame un audit indépendant: « les relevés bancaires diront quand, à qui et combien a été versé. »

La base, le socle qu'on ne voit plus

Au-delà de l'urgence, le diagnostic de fond tient en un mot: les racines. « Tout le monde se concentre sur l'équipe nationale, explique Thomas. Vous ne pouvez pas développer une équipe nationale sans fondation viable. C'est comme construire une maison sur des fondations défectueuses. » Elle se dit d'ailleurs frappée de retrouver ce discours chez la FIFA elle-même, qui « est retournée à la planche à dessin » pour rappeler que le développement du football doit partir du terrain local.

Ce vocabulaire — base, fondation, ancrage, maillage — parle directement à celles et ceux qui, chaque week-end, font vivre un club amateur. Car l'exemple nigérian n'est que la version dramatique d'une mécanique que l'on retrouve, à des degrés divers, partout: quand l'attention des instances se détourne des catégories jeunes, des joueuses et des bénévoles, c'est la pelouse du dimanche qui s'appauvrit en talents. Et ce sont précisément les joueuses qui en paient le prix, comme au Nigeria où la sélection est arrivée « déjà vaincue » au tournoi, selon les mots de Thomas.

Ce que cela change dans nos clubs

Reste l'essentiel, et c'est peut-être ce qu'Ayodele Thomas rappelle le mieux sans le formuler ainsi: un club ne tient que par la confiance de celles et ceux qui le font vivre. Qu'il s'agisse d'un euro de cotisation, d'une promesse de subvention ou d'un maillot lavé pour le match suivant, la traçabilité n'est pas une affaire de comptabilité. C'est la condition du lien. À Saint-Simon comme ailleurs, la force d'une association tient à cette chaîne de petites fidélités, souvent silencieuses, qui ne demandent qu'à être entretenues. Les fédérations, les districts, les clubs: tous observent aujourd'hui, à des échelles très différentes, la même équation — et la même attente de clarté.