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Football féminin : pourquoi refuser le modèle masculin pour préserver l'esprit du jeu

C'est précisément cette réalité — fragile, bricoleuse, vivante — que la tribune publiée dans The Guardian par Karen Dobres invite à ne pas sacrifier sur l'autel du modèle professionnel.

Juliette Garnier·mis à jour 21 août 2026

Football féminin : pourquoi refuser le modèle masculin pour préserver l'esprit du jeu

Au bord du terrain synthétique, samedi dernier, les joueuses de l'équipe réserve ont enfilé leurs crampons dans un vestiaire à peine plus grand qu'un placard à balais. Pas de quoi nourrir une jérémiade: le club compte trois équipes, une école de football qui redémarre et un noyau de bénévoles qui tient la buvette, les convocations et les filets. C'est précisément cette réalité — fragile, bricoleuse, vivante — que la tribune publiée dans The Guardian par Karen Dobres invite à ne pas sacrifier sur l'autel du modèle professionnel.

L'autrice de Pitch Invasion prend prétexte de la quatrième saison de la série Ted Lasso, où le héros se retrouve à diriger l'équipe féminine d'AFC Richmond, pour poser une question qui dépasse la fiction: faut-il, pour développer le football féminin, reproduire les structures du jeu masculin? Sa réponse est sans détour. Elle cite la classiciste Mary Beard: « Vous ne pouvez pas faire entrer facilement des femmes dans une structure déjà codée comme masculine; vous devez changer la structure. »

Ce que le terrain amateur a à perdre — et à garder

Le club anglais de Lewes l'a démontré concrètement dès 2017 en devenant la première formation au monde à égaliser les ressources entre ses équipes masculine et féminine. Pour Dobres, cette décision a révélé une dimension souvent oubliée du jeu: un football pensé comme acte social et politique, où la prise de place des joueuses devient geste de transformation.

La tribune rappelle aussi une histoire qui parle aux clubs de village: en 1920, on comptait environ 150 équipes féminines en Angleterre, qui attiraient régulièrement de plus grandes foules que les clubs masculins, jusqu'à l'interdiction imposée pendant cinquante ans par la Fédération. Hors des structures classiques, le football des femmes a construit une culture d'accessibilité et de lien collectif que la professionnalisation rapide, accélérée par les grands clubs qui subventionnent leurs sections féminines, menace aujourd'hui d'effacer.

Pour un club comme Saint-Simon, le parallèle n'a rien d'abstrait. Le football masculin professionnel reste majoritairement déficitaire; plus de la moitié des supporters jugent d'ailleurs les tarifs excessifs. Importer ce modèle reviendrait à planter des cactus dans une terre qui fait déjà pousser autre chose.

Investir n'est pas prélever

Dans un éditorial parallèle, le Mail & Guardian défend une idée complémentaire, pensée pour l'Afrique du Sud mais qui circule bien au-delà: investir dans le football féminin n'est pas un prélèvement sur le reste du jeu, c'est un élargissement de sa capacité globale. Chaque jeune fille qui accède à un encadrement qualifié, à un terrain sûr, à une compétition régulière, élargit le réservoir de talents; chaque entraîneuse ou dirigeante formée ajoute de l'expertise à l'écosystème.

À l'échelle d'un club amateur, cela se traduit simplement: davantage de licenciées, davantage de familles présentes le dimanche, davantage de bras pour tenir l'association. Les sessions gratuites organisées à Epsom et relayées par Rayo, sans sélection ni adhésion, montrent qu'il existe encore un football ouvert, accessible, qui fait travailler le lien social là où d'autres offres disparaissent.

Ce qu'il reste à décider ensemble

Reste un défi de gouvernance, comme le souligne le Mail & Guardian: le développement ne peut pas rester ponctuel, suspendu à des annonces de financement ou à l'énergie d'un seul bénévole. Pour les clubs de notre championnat, cela passe par des engagements concrets — une section féminine encadrée, des créneaux protégés, des éducatrices formées, des installations partagées plutôt que confisquées par l'équipe première.

À Saint-Simon comme ailleurs, la question n'est plus de savoir si le football féminin mérite sa place: il l'occupe déjà, chaque week-end, dans des vestiaires trop étroits et des équipes trop soudées. Reste à décider, collectivement, quel modèle on veut bien lui offrir.