saintsimonfoot

Au cœur du football amateur local.

Actualité

Liga F : le pari risqué de 55 millions d'euros pour le football féminin espagnol

inq ans après que la Liga masculine a cédé une part de ses revenus commerciaux au fonds CVC Capital Partners pour 2,4 milliards de dollars, l'élite espagnole féminine emprunte la même route, comme le…

Juliette Garnier·mis à jour 30 juillet 2026

Liga F : le pari risqué de 55 millions d'euros pour le football féminin espagnol

inq ans après que la Liga masculine a cédé une part de ses revenus commerciaux au fonds CVC Capital Partners pour 2,4 milliards de dollars, l'élite espagnole féminine emprunte la même route, comme le rapporte The New York Times. Le 29 juin, douze des seize clubs de Liga F ont approuvé une enveloppe de 55 millions d'euros apportée par l'ancienne star NBA Pau Gasol, via son véhicule Gasol16 Ventures et le fonds Fortified Partners. Un vote à bulletin secret, dont les modalités n'ont pas été rendues publiques, qui rouvre une question que les clubs amateurs connaissent bien: comment financer la croissance sans hypothéquer l'avenir?

Les termes, selon le Real Madrid

Dans un communiqué, le Real Madrid — qui figure parmi les quatre clubs ayant rejeté l'accord — a détaillé ce que les signataires ont accepté. Les clubs affiliés recevraient collectivement 40 millions d'euros, la ligue 12 millions, et 3 millions seraient dédiés à l'acquisition de certains droits à l'image de quelques joueuses. En contrepartie, Gasol16 percevrait entre 35 % et 49 % des revenus de diffusion et de sponsoring de Liga F sur les vingt-cinq prochaines années. Chaque club signataire toucherait ainsi environ 3,3 millions d'euros, mais la ligue partagerait près de la moitié de ses revenus commerciaux avec l'investisseur jusqu'en 2051. Le FC Barcelone, lui, a voté pour le principe tout en précisant qu'il n'avait pas formellement rejoint l'accord et qu'il examinerait les conditions avant tout engagement.

Ce qu'un petit club peut entendre

Pau Gasol l'assume: « Pour moi, cet investissement, c'est construire quelque chose qui dure. » La phrase a la couleur des intentions qu'on retrouve aussi dans les assemblées générales de clubs amateurs, lorsqu'un sponsor local met quelques milliers d'euros sur la table pour financer un éclairage LED ou un voyage de fin de saison. Mais la mécanique, elle, est d'une tout autre échelle: un championnat professionnel qui échange un quart de siècle de recettes contre un apport immédiat de trésorerie, sans que les termes du vote ne soient publics. C'est ce qui a poussé le Real Madrid à parler d'un modèle « pas aligné avec la durabilité, la transparence et l'autonomie des clubs ».

À Saint-Simon comme ailleurs, ces mots résonnent. Quand un club de district vote l'installation de panneaux solaires, la réfection d'un vestiaire ou l'embauche d'un éducateur supplémentaire, il engage ses maigres réserves pour dix, quinze, parfois vingt ans. La question du retour sur investissement — et de ce qu'on accepte de céder pour obtenir des moyens tout de suite — ne change pas de nature en changeant d'échelle. La différence, c'est qu'au football amateur, les bénévoles autour de la table connaissent l'éducateur qu'ils salarient, la joueuse qui portera le maillot, le terrain où tout cela se joue. Cette proximité-là, aucun fonds d'investissement ne peut la monétiser.

Ce qu'il reste à suivre

Liga F n'a pas publié le détail du vote, ni la ventilation des recettes promises. La position finale du FC Barcelone, qui s'est donné le temps d'examiner les conditions, donnera une indication sur la solidité réelle du pacte. Et sur la durée, c'est la trajectoire des 35 à 49 % de revenus partagés qui dira si l'accélération promise par l'apport de Gasol se transforme — ou non — en croissance structurelle pour le football féminin espagnol.