Toulouse Rangueil Football Féminin : le défi d'un club 100% féminin face aux blocages
Soixante-dix-sept demandes de mutations bloquées, quatre-vingt-trois joueuses en attente d'un simple créneau d'entraînement: selon un reportage de France 3 Régions publié mi-juillet, le Toulouse…
Juliette Garnier·mis à jour 17 juillet 2026

Soixante-dix-sept demandes de mutations bloquées, quatre-vingt-trois joueuses en attente d'un simple créneau d'entraînement: selon un reportage de France 3 Régions publié mi-juillet, le Toulouse Rangueil Football Féminin, club 100% féminin créé en mai dans le sud de Toulouse, se retrouve aujourd'hui dans une impasse administrative et humaine dont les échos dépassent largement le quartier de Rangueil. Une affaire qui raconte, à sa manière, ce qu'il en coûte de vouloir faire exister un projet autonome au sein du football amateur — et combien le maillage entre un club et ses sections reste, parfois, un lien plus fragile qu'il n'y paraît.
Une section devenue projet autonome
À l'origine, il y a Audrey Ganot. Cinq ans à entraîner la section féminine du Toulouse Rangueil Football Club, cinq ans à faire monter l'équipe au plus haut niveau régional, comme elle le raconte à France 3 Régions. « Le but du Toulouse Rangueil Football Féminin, c'est de proposer un nouveau projet qui correspond aux joueuses. Les femmes sont le centre du projet ici. » Jusqu'au jour où les désaccords — sur le budget, sur l'organisation interne — rendent la séparation inévitable. En mai, l'entraîneur monte donc une structure nouvelle, indépendante: le Toulouse Rangueil Football Féminin. Très vite, les joueuses suivent. Selon Audrey Ganot, quatre-vingt-trois femmes et filles, des U13 aux seniors, demandent à y être licenciées. « On voulait garder le foot féminin à Rangueil. C'est pour valoriser le football féminin, le développer », résume la bénévole.
Le verrou des licences
Mais le club historique ne l'entend pas ainsi. Le secrétaire Jean-Jacques Truilhé, cadre du Toulouse Rangueil Football Club depuis trente ans, conteste frontalement le chiffre: « Des U13 aux seniors, il y a 20 demandes de mutations », affirme-t-il auprès de France 3 Régions. Entre les deux versions, c'est tout l'avenir du nouveau club qui se joue. Sans licences transférées, impossible de s'affilier à un championnat amateur; sans affiliation, aucune demande de créneau auprès de la mairie ne peut aboutir. « On sait qu'on a des joueuses. Mais on ne peut pas le prouver », constate Audrey Ganot, contrainte de saisir la commission régionale. L'affaire se double d'un climat de tension: Jean-Jacques Truilhé évoque des sanctions fédérales — six mois de suspension pour des comportements inacceptables, des menaces de mort envers un arbitre —, ce qu'Audrey Ganot réfute. « On ne sait pas où l'argent allait », défend-elle, estimant qu'une section féminine rapporte des subventions substantielles.
Ce que la séparation dit du football de quartier
Au-delà du conflit rangueillois, l'épisode met en lumière une mécanique bien connue des clubs amateurs: le moment où une section — féminine, jeune, exigeante — ne se reconnaît plus dans la maison commune. « C'est une passion, du bénévolat. C'est triste. Ils en ont fait une histoire d'ego, et non de projet », résume Audrey Ganot. Son ancien club, lui, se défend en club de quartier: « Il aurait fallu leur donner tout le budget du club. On est un club de quartier, on ne peut pas se satisfaire de caprices de ce genre », lâche Jean-Jacques Truilhé. La suite se jouera désormais en commission régionale, où il faudra démontrer, preuve à l'appui, que ces quatre-vingt-trois joueuses existent sur le terrain — et pas seulement dans les fichiers.